Émile Bouchard

Butchphotos_bio Parmi les athlètes qui, par leur personnalité, leur compétence et leur courage, ont inspiré ou dirigé avec vigueur, à la grande époque des Maurice Richard et des Jean Béliveau, l'une des meilleures équipes de hockey, Émile Bouchard fut un chef de file remarquable.

Sa réputation enviable tient à ses origines, à sa formation, à son caractère, à sa carrière au hockey de même qu'à ses diverses expériences de l'activité communautaire, du commerce et, étonnamment, à son âme de poète.

SES ORIGINES

Émile est né à Montréal, le 4 septembre 1919, fils de Régina Lachapelle et de Calixte Bouchard, peintre et menuisier.

Son milieu familial respirait l'ordre moral, l'esprit de travail, l'amour des proches, la prévoyance et la sérénité.

Mariage26avril1947 Il a épousé Marie-Claire Macbeth, artiste-peintre, enthousiaste de tout ce qui est beau, heureuse dans le monde des artistes. Elle est la fille de Bernadette Desjardins et d'Adrien Macbeth, de Sault-au-Récollet, près de la rivière des Prairies où, en 1625, des Hurons noyèrent l'améridien Ahuntsic et le père Nicolas Viel, récollet, événements qui ont donné ce nom à ces lieux historiques.

Cing enfants sont nés de ce mariage : Émile junior, vétérinaire; Jean, journaliste; Michel, cinéaste; Pierre, hockeyeur et agriculteur-éleveur; et Suzanne, assistante à la mise en scène et régisseure de théâtre.

FORMATION

Émile Bouchard a enrichi son éducation familiale en poursuivant ses études au Collège Roussin, de Pointe-aux-Trembles, et aux écoles ou collèges Saint-François-Xavier, Saint-Louis de Gonzague et le Plateau de Montréal.

En se préparant à sa carrière, il s'est illustré dans diverses disciplines sportives. Il fut une vedette d'une équipe de balle molle et il s'est entraîné comme boxeur. Il a fait honneur à son école, Le Plateau, dans le domaine du hockey qu'il a également pratiqué, avec succès pour les Maple Leafs de Verdun.

Il ne se destinait pas au hockey. Il avait songé à faire carrière dans l'apiculture ou dans le domaine bancaire.

À l'âge de seize ans, il emprunte 35 $ à son frère Marcel pour s'acheter un équipement de hockey. Il prit goût à ce sport et il en fit son idéal.

LE HOCKEYEUR

Butchphotos_0001_1 Il a débuté dans le hockey professionnel avec les Canadiens de Montréal qui lui ont proposé un séjour dans leur équipe de Providence, aux États-Unis.

Pendant quinze ans, de 1941 à 1956, il fait partie des Canadiens de Montréal comme défenseur, et comme capitaine, de 1948 à 1956.

Il a pris part à 785 rencontres et accumulé 49 buts et 193 points.

Il a participé à la conquète de la coupe Stanley des années 1944, 1946, 1953 et 1956, année où il décida de mettre un terme à sa fructueuse carrière.

Il a brillé au sein de la première équipe d'étoiles en 1945, 1946 et 1947, et de la deuxième, en 1944.

Sa réussite lui a permis de prendre place au Temple de la renommée du hockey du Canada, en 1966. Il fut honoré par la ville de Longueuil, en 1991; et intronisé au Panthéon des sports du Québec, en 1996.

LES OPINIONS

Aux honneurs se sont ajoutés les élogues.

Son surnom de "BUTCH" est une déformation anglaise de son nom nom et du sens favorable du mot boucher. On a voulu dire que notre héros, sur la patinoire, par sa puissante intervention, réduisait à néant l'attaque des adversaires.

Jean Béliveau le citait comme modèle :

"Butch senior était un grand capitaine, et il a toujours fait tout en son pouvoir pour que l'opinion de chaque membre de l'équipe soit entendue. Lorsque je suis devenu capitaine à mon tour, dans les années 60, c'est lui qui été mon modèle."

Les journaliste ne lui ont point ménagé les compliments :

  • "La nouvelle étoile de la Ligue Québec est Émile Bouchard, des Maple Leafs de Verdun."
  • "C'est un agile patineur et un brillant manieur de bâton."
  • "La meilleure recrue."
  • "Révélation" de la Ligue de hockey senior du Québéc.
  • "Future étoile du Canadien."
  • "Un des plus beaux joeurs du Canadien."

Les Québécois l'aimaient et ils n'auraient jamais accepté de le voir quitter Montréal pour aller soutenir une autre équipe.

AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ

Soit dans les relations publiques, soit dans des fonctions politiques ou dans les actvités communautaires, Émile Bouchard a continué de se mêler à la vie de ses compatriotes et à leur rendre service.

Il a présidé la campagne de souscriptions pour la construction de l'aréna du Collège Roussin et les 200 000 $ recueillis onr permis de réaliser le projet.

En 1961 et 1962, élu conseiller municipal de Longueuil, il assuma sa tâche, alors bénévole, sans parti pris, avec un souci constant de civisme et de dévouement à l'intérêt commun de ses citoyens. On le voyait souvent faire la tournée des parcs et terrains de jeux, un stylo et un carnet à la main, pour noter tout ce qui devait être fait ou amélioré. Il se présentait ensuite au conseil pour défendre avec succès ses projets. Je l'ai souvent observé, à ces occasions. Il ramassait les papiers pour les mettre dans la poubelle, replaçait un banc ou redressait un poteau, bref il veillait avec minutie à l'ordre et à la propreté des lieux publics.

Il m'avait enrôlé pour l'aider à mettre de l'ordre sur la Rive-Sud qui connaissait alors des problèmes de délinquance.

Toujours dans le même esprit communautaire, il a participé aux activités de la Chambre de commerce, du Club Optimiste de Longueuil, de la Palestre Nationale de Montréal et du conseil d'administration de l'hôpital Sainte-Jeanne-d'Arc.

LE COMMERCE

Ce qui ne l'a pas empêché de s'occuper d'affaires commerciales pour s'assurer soit un gagne-pain (car après quinze ans de loyaux services au hockey, il ne gagnait toujours que 15 000 $ par année) ou pour son propre plaisir.

Il fut membre du Centre commercial de Montréal, de l'Association des restaurateurs, et président des Immeubles de Montigny.

L'APICULTEUR

"Semblables à l'abeille,
nous enlevons à chaque fleur son doux trésor:
les pattes chargées de cire et la trompe de miel,
nous apportons à la ruche notre butin;
et comme l'abeille,
nous recueillons la mort comme salaire."

- Shakespeare, Le Roi Henri

Mimeattachment De 1938 à 1950, comme apiculteur, il a regroupé jusqu'à 1 200 000 abeilles qui produisaient de 10 à 15 000 livres de miel par an. Il disposait aussi d'un laboratoire bien équipé.

En 1948, il inaugura son fameux "Restaurant BUTCH BOUCHARD", rue de Montigny (aujourd'hui de Maisonneuve), qui offrait une table et un cellier exceptionnels. C'était le rendez-vous des gens ordinaires comme de l'élite.

LE BASEBALL

Il n'avait pas abandonné la pratique du sport pour autant.

Il était membre de l'Association des sportsmen de Montréal et président du Cercle de canotage du lac Raymond.

Montrealroyals46 Surtout, dès 1956, il assuma la direction du Club de baseball Les Royaux de Montréal de la ligue internationale; il devint président du club en 1957.

SES IDÉES

À l'occasion de ses activités diverses et de ses expériences, notre champion s'est toujours réservé un temps de lecture et de réflexion.

Il aime lire et , chez lui, il dispose d'une bibliothèque bien garnie. Le journaliste Garceau, de l'hebdomadaire Notre Temps, avait déjà noté, au début de sa carrière, qu'Émile Bouchard cherchait particulièrement à se renseigner "sur les questions économiques et sociales".

Il considère l'amitié comme une valeur précieuse et se montre d'une loyauté indéfectible envers ses amis.

Il aimait et protégeait la nature, en écologiste d'avant-garde. Le journaliste Garceau écrivait qu'il se sentait heureux dans "le calme de la terre, avec les fleurs, les arbres et les bêtes". Il n'a pas changé. Je l'ai vu récemment au bord du fleuve, dans son jardin immense, heureux comme un roi.

Sans détour, il exprimait aussi son opinion sur divers sujets :

"un bon joueur, disait-il, doit jouer avec sa tête, ne pas dépenser d'énergie inutilement, et profiter des occasions propices."

Il faut éviter d'avoir la grosse tête quand on vous applaudit "conscient de la gloire passagère des héros".

Le sport est un art, lucratif d'ailleurs, mais temporaire. Il prend l'être tout entier et le ruine rapidement. Aussi faut-il préconiser l'Économie et la prévoyance."

Sa philosophie découlait de son caractère, comme il appert de ses qualités que les commentateurs ont souvent énumérées : bon jugement, compétence, amabilité, esprit pratique et sérieux, modestie, courage, acharnement au travail, amour de l'ordre, sérénité, imagination et esprit d'initiative.

L'ÂME D'UN POÈTE

Butchlaurie_1 Qui l'a remarqué? Qui l'a souligné? Qui s'en rendait compte? Pourtant, derrière l'athlète, le sportif, le besogneux dans tous les domaines, se cahe le poète que peut-être lui même ignore. Je vais vous en rappeler quelques manifestations.

Pendant des années, un ami médecin savant et client assidu de son Resto, dont il partageait parfois les repas et les propos, occupait seul une table de la salle à manger. À son décès, Émile refusa de laisse quiconque s'asseoir à cette place qu'il décorait tous les jours d'un bouquet de fleur.

Quand je suis allé le voir à son chalet sur la rive sud du Saint-Laurent, il me fit faire le tour du propriétaire de son jardin bénissant la nature.

Il me montrait le fleuve Saint-Laurent que quelques rares bateaux dérangeait dans son cours paisible, séparé de nous par un champ de soya et le potager.

Il était fier de sa maison rustique, du pavillon de ses enfants où des antiquités sont conservés, le coffre d'outils artisanaux de son père et d'autres souvenirs. Il me parlait avec nostalgie des trésors qu'il avait emmagasinés dans une vieille maison.

Dans son paradis, peuplé d'arbres, d"arbustes et parsemé de fleurs, nous entendions à peine le bruit de la grande route qui passait à côté.

Il s'arrêtait pour raconter ses arbres et ses plantes. Il éprouvait une affection particulière pour la salicaire, qui chauffait au solage de la maison principale, une herbe pubescente aux fleurs pourpres, familière des abords du fleuve, qu'il me décrivait à la manière du botaniste-littérateur Marie-Victorin, dont la route voisine porte le nom et dont il a partagé la petite patrie de Longueuil.

Sa sensibilité créatrice le porte à s'émerveiller des splendeurs de la nature et des qualités de coeur des humains.

AUJOURD'HUI

Aujourd'hui le modeste fils d'ouvrier, après une carrière glorieuse, est devenu un homme exceptionnel qu'admirent les Québécois et les étrangers qui le connaissent, un grand seigneur tout simple, sage et heureux auprès de sa famille. Il s'est constitué des petits royaumes peuplés d'amour et de fleurs.

Podium_couvertureLucmercier_1Luc Mercier, 1997, in Le Podium, éditions Société historique du Marigot

Le juge Luc Mercier, une très grande âme qui nous a quitté récemment, en compagnie d'Alain Stanké et Émile Bouchard, au lancement de son livre Le Goût du Bonheur.

Présentation

Quelle aventure ! À peine croyable. Redécouvrir son propre père de 87 ans… à 52 ans. L’ouverture d’un grand coffre de cèdre, où étaient remisés six vieux albums aux coins écornés, a déclanché une série de révélations étonnantes.

Ma perception de « Butch » Bouchard, mon père, allait changer radicalement. Courageux, respecté de tous, le meilleur défenseur de son époque, protecteur droit et noble… Je découvrais un héros oublié. Et me donnait comme mission urgente de partager cette découverte, en cette période de célébration du centenaire du Canadien l’équipe qu’il a servi fièrement pendant 15 ans.

De 1941 à 1956, papa a été une très grande vedette du hockey, mais son étoile a pâlie au fil des décennies. Il demeure très connu mais disons mi-connu. « Butch » Bouchard ça évoque un passé glorieux mais on ne sait plus très bien pour quels exploits ? Moi le premier…

Mais ces vieilles coupures de journaux le révèlent avec une criante vérité. Ces albums fourbus rassemblés d’abord par sa mère - la douce et dévouée Régina, « une sainte femme » d’une époque révolue qui massait les mollets de son fils cadet avec l’huile de Saint-Joseph pour protéger son p’tit gars des adversaires--, et ensuite, à compter de 1947, par sa charmante épouse, ma mère, Marie-Claire, sa fidèle et rayonnante compagne depuis bientôt 60 ans.

En feuilletant les albums, force m’a été de constater que 50 ans après sa retraite l’écho des exploits de mon père s’est amenuisé considérablement. Mais quand vient le temps de juger une légende du sport, tout comme un simple citoyen, sur quoi doit-on se pencher? Sur l’écho lointain et déformé ou sur l’étude des faits?

Le bon sens dicte de s’en remettre à des témoignages crédibles non de vagues souvenirs ou des ouï-dire. Et ces témoins, les grands journalistes sportifs de l’époque se nomment Jean Barrette, Zotique Lespérance, Andy O’Brien, Jerry Trudel, Jacques Beauchamp et autres.

Dans les pages qui suivent, vous n’aurez pas à subir les propos mièvres d’un fils exalté devant les exploits de son père. Non, après cette présentation, je m’efface pour céder la parole aux documents de l’époque qui racontent l’histoire inspirante et héroïque d’Émile « Butch » Bouchard.

Bonne découverte !
Jean Bouchard,
le 3 décembre 2006

Nos bras meurtris vous tendent le flambeau, à vous toujours de le porter bien haut

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